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Dossiers photographiques

Prenez des volcans basaltiques isolés en plein Pacifique; ajoutez un climat désertique (sur les côtes); ajoutez encore des animaux dépourvus de toute crainte envers l'Homme. Le résultat est un des lieux les plus étranges qui soit sur la planète Terre. Cerise sur le gâteau, ces iles abritent l'une des deux espèces (ou groupes d'espèces) de Tortues géantes vivant au monde (l'autre habitant Aldabra, un atoll du groupe des Seychelles).

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Galápago est un mot espagnol désignant une Tortue ou une selle. Ces iles sont aussi nommées Archipiélago de Colón (en l'honneur de Christophe Colon) et The Encantadas un nom popularisé par la publication en 1854, par Herman Melville, des nouvelles du même nom.

Les plus grandes iles portent un nom anglais et un (ou deux) nom(s) espagnol(s). Les noms utilisés ici sont ceux qui sont le plus en usage (White, 1972), le plus souvent les noms espagnols.

Histoire 

Lors de leur découverte "officielle" (en 1535), les Galápagos étaient inhabitées, probablement du fait de leur apparence peu hospitalière.

Au 18e et 19e siècles les iles servent d'escale (Buccaneer Cove) à de nombreux navires qui prélèvent des milliers de Tortues géantes, stockées vivantes dans les cales, puis tuées lorsque les besoins de viande fraiche ou d'huile se faisaient sentir; les navires baleiniers y tuent aussi des dizaines de milliers de phoques pour leur fourrure. En 1832, une petite colonie est établie par l'Equateur sur Floreana pour assurer la possession des iles. Les animaux domestiques échappés détruisent la population de Tortues de Floreana.

En 1835, lors de son tour du monde à bord du Beagle, Darwin passe 5 semaines aux Galápagos, débarquant sur 4 iles (San Cristóbal, Floreana, Isabela et James). Contrairement à une légende tenace, la théorie de la descendance avec modification (autrement dit la théorie de l'évolution) n'est ni une révélation ni un éclair de génie que Darwin aurait eu aux Galápagos, mais l'aboutissement d'un processus d'accouchement long et difficile dont les moments clés se situent après son retour au pays. Pour en savoir plus : Darwin et les Galápagos.

Pendant la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis établissent une base militaire sur Baltra où ils construisent une piste d'aviation.

En 1971 la population était estimée à 5 500 personnes sur l'ensemble des iles dont la moitié sur San Cristóbal. En 2010, elle atteint 25 000 personnes.

Géologie 

Ces iles volcaniques, situées à 1000 km des côtes équatoriennes sont apparues au dessus du point chaud des Galápagos alors que la plaque de Nazca qui les porte se déplace vers l'est; de ce fait les iles les plus récentes sont à l'ouest. A l'est les roches de l'ile d'Española datent de 3 millions d'années. Encore plus à l'est, on trouve des traces d'iles plus anciennes aujourd'hui submergées (roches datées de 10.106 ans); ces iles aujourd'hui submergées ont joué un rôle important dans la spéciation des premières populations d'êtres vivants arrivées sur l'archipel. On estime que les cinq volcans d'Isabela ont d'abord créé des iles séparées, réunies ensuite par les coulées de lave. Les volcans les plus récents seraient Cerro Azul, le plus au sud d'Isabela et La Cumbre qui constitue l'ile de Fernandina.

Le magma des volcans de point chaud a en principe une origine profonde, loin dans le manteau terrestre. Mais en raison de la faible épaisseur de la plaque de Nazca (elle même due à la proximité de la dorsale et donc à son jeune âge), le matériel de la plaque fond partiellement et contribue de manière non négligeable à la formation des magmas volcaniques (Harpp, 2014).

La flore 

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Une Mangrove se développe par endroits sur les côtes bases.
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La zone aride est la plus représentative des Galápagos. Le Palo Santo (Bursera graveolens) identifie la zone aride et ne porte de feuilles que pendant la saison des pluies. Présent dans de nombreux pays d'Amérique latine, on lui attribue des propriétés purifiantes et on en extrait une huile essentielle.
Tortues et Opuntias
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Les Opuntias arborescents qui contribuent grandement à l'étrangeté des paysages des Galápagos constituent un exemple remarquable de coévolution avec les Tortues.

Sur les iles où les Opuntias n'ont jamais coexisté avec les Tortues (comme sur l'ile de Seymour, photographie ci-contre), leur apparence est assez banale et ressemble à celle des espèces qui poussent chez nous comme dans la plupart des pays du monde. Sur les iles où les Opuntias coexistent ou ont coexisté dans le passé avec les Tortues géantes (comme sur l'ile Floreana et son ilot Lovely, photographie en haut de page), leur aspect est radicalement différent: ce sont des arbres au tronc impressionant.

La germination des graines et le développement extrêmement rapide d'un tronc pendant la saison humide, époque où les Tortues trouvent facilement des nourritures plus agréables protège ensuite la plante de la prédation des Tortues pendant la saison sèche. Toujours pendant la saison sèche, les Opuntias parvenus à maturité produisent de succulents fruits qui tombent au sol, sont mangés par les Tortues qui en dispersent les graines résistantes à leur digestion (Torton, 1971, pp.132-135).

La faune 

Tortues géantes (Chelonoidis)
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Après avoir failli disparaitre, ces animaux fascinants qui semblent avoir inspiré Steven Spielberg (E.T.) sont aujourd'hui activement protégés et font l'objet d'une recherche scientifique très active.

Les Tortues peuvent s'accoupler toute l'année, mais la ponte n'a lieu que pendant la saison sèche entre juillet et novembre. Les femelles parcourent plusieurs kilomètres pour descendre dans la zone aride; chaque femelle creuse un trou de 30cm de profondeur dans un endroit sableux et y dépose une quinzaine d'oeufs. L'incubation prend 4 à 8 mois. Les jeunes Tortues passent une quinzaine d'années dans la zone aride ou elles sont victimes des Buses et depuis l'arrivée de l'Homme, des Rats noirs, des cochons et des chiens sauvages. A l'âge adulte, elles n'ont plus d'autre ennemi que l'Homme et ne meurent guère que d'accidents (chutes de falaises). Leur espérance de vie est estimée à plus de 100 ans et beaucoup plus en captivité (Wikipedia).

On distingue au moins une quinzaine de variantes parmi les populations de Tortues géantes des Galápagos. L'apparence permet de distinguer immédiatement deux groupes: celui des carapaces en forme de selle dont les races peuplent les iles les plus désertiques (Española, Pinzón, Pinta et Fernandina) et le groupe des carapaces en dôme dont les races peuplent les iles à la végétation la plus dense (Santa Cruz et le volcan Alcedo sur l'ile d'Isabela). La dimension des pattes et du cou des premières leur permet d'atteindre la nourriture en hauteur. Les Tortues du second groupe doivent trouver leur nourriture au niveau du sol. Les Tortues sont facilement visibles à la station Darwin où certaines sont élevées dans des enclos pour le repeuplement.

Au moins deux populations on été conduites à l'extinction par l'Homme (sur les iles Pinta et Floreana). L'effectif total des Tortues, estimé à plus de 250 000 lors de la découverte des iles a décliné jusqu'à environ 3 000 dans les années 70. Les populations d'Isabella sont aussi affectées par les éruptions volcaniques. Les efforts de protection contre la prédation des oeufs et des jeunes Tortues dans la nature, les élevages réalisés à la station Darwin de Santa Cruz pour relâcher ensuite de jeunes tortues sur leur ile d'origine ont permis de relever l'effectif à environ 19 000 dès les années 2 000 (Wikipedia).

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La question de de savoir si ces populations sont des sous espèces d'une espèce unique ou des espèces différentes est toujours discutée chez les scientifiques, mais les données génétiques inciteraient à en faire des espèces distinctes. Dans la nature, presque toutes ces populations (sauf les cinq réparties sur les cinq volcans d'Isabela) sont géographiquement totalement isolées. Comme dans d'autres domaines, c'est l'ADN qui parle aujourd'hui.

Adalgisa Caccone conserve un point de vue relativement classique dans sa proposition d'un arbre phylogénétique (Caccone, 1999): l'espèce vivante la plus apparentée est la tortue Chaco du continent sud-américain. Bien que cette Tortue soit de petite taille, le gigantisme aurait précédé la colonisation des Galápagos en permettant à la population fondatrice (qui aurait pu être limitée a une seule femelle portant des oeufs) de résister au voyage en flottant au gré des courants marins. Caccone considère la population d'une ile donnée comme génétiquement indépendante de celle des autres iles, sauf pour les cinq populations d'Isabella, l'ile la plus récente (moins de 0,7 million d'années). Les quatre populations occupant les volcans les plus au sud d'Isabella ne sont pas différenciées génétiquement les unes des autres et seraient originaires de Santa Cruz. Celle occupant le volcan Wolf, au nord, résulte d'une colonisation indépendante depuis James.

Adalgisa Caccone revient sur ces conclusions dans un article rédigé avec Luciano Beheregaray en séparant davantage les populations d'Isabella (Beheregaray, 2004). La population du volcan Alcedo, bien que la plus importante des populations actuelles proviendrait d'une mère unique ayant vécu il y a 100 000 ans, ce qui s'expliquerait par une éruption majeure de ce volcan à la même époque. La population du volcan Sierra Negra d'Isabella est la plus ancienne, alors que celle du volcan Cerro Azul, le plus jeune de l'ile n'aurait que 65 000 ans. Cette étude montre qu'une population colonisant un nouveau volcan a ensuite très peu d'échanges génétiques avec les populations voisines et que la divergence est rapide.

Des analyses morphologiques et génétiques (Chiari, 2009) ont montré que la population de Tortues de Santa Cruz était constituée d'au moins deux lignées distinctes qui présentent autant de divergences entres elles qu'elles en présentent avec les Tortues d'autres iles. La population la plus nombreuse et la plus ancienne est celle de La Caseta (= La Reserva) alors que la population de Cerro Fatal pourrait être originaire de San Cristóbal).

Enfin des hybrides issus de Tortues qui auraient été transportées par des navires baleiniers de Floreana sur Isabela (volcan Wolf) semblent avoir été identifiés; ils pourraient permettre, par croisements sélectifs, de "reconstruire" la race de Floreana: Chelonoidis elephantopus (Nikos Poulakakis, 2008) (Russelo, 2010).

Adalgisa Caccone et al. 1999. Origin and evolutionary relationships of giant Galápagos tortoises. Proceedings of the National Academy of Sciences 96 (23): 13223–13228. doi: 10.1073/pnas.96.23.13223.
Luciano Beheregaray et al. 2004. Giant tortoises are not so slow: rapid diversification and biogeographic consensus in the Galápagos. Proceedings of the National Academy of Sciences 101 (17): 6514–6519. doi: 10.1073/pnas.0400393101.
Nikos Poulakakis et al. 2008. Historical DNA analysis reveals living descendants of an extinct species of Galápagos tortoise. Proceedings of the National Academy of Sciences 105 (40): 15464–15469. doi: 10.1073/pnas.0805340105.
Ylenia Chiari et al. 2009. Morphometrics Parallel Genetics in a Newly Discovered and Endangered Taxon of Galápagos Tortoise. PLoS ONE 4 (7): e6272. doi: 10.1371/journal.pone.0006272.
Michael Russello et al. 2010. DNA from the past informs ex situ conservation for the future: an extinct species of Galapagos tortoise identified in captivity. PLoS ONE 5 (1): e8683. doi: 10.1371/journal.pone.0008683.
Iguane terrestre (Conolophus subcristatus)
Endémique des iles, il atteint plus d'un mètre de longueur, se nourrit des fruits ou des "raquettes" d'Opuntia et creuse des terriers dans les zones sableuses.
Iguane marin (Amblyrhynchus cristatus)
C'est le seul iguane au monde habitant dans la zone intertidale (zone des marées), et capable de plonger plusieurs minutes pour se nourrir des varechs. On les voit en grand nombre se réchauffer sur les laves noires car les plongées abaissent leur température et les paralysent. Il s'hybride (rarement) avec l'iguane terrestre, les deux descendant des mêmes ancêtres arrivés sans doute aux iles Galápagos par dérive sur des débris végétaux.
Lion de mer (Zalophus wollebaeki)
C'est l'une des deux otaries vivant aux Galápagos et de loin la plus fréquente (l'autre étant l'Otarie à fourrure). Les mâles atteignent plus de 2 mètres et 250 kg. Un mâle dominant "règne" sur un harem de quelques dizaines de femelles; il défend ainsi apprement une zone bien délimitée de la plage (il est préférable de ne pas s'en approcher). Compte tenu du nombre de concurents, la position dominante est souvent éphémère. Nager au milieu des juvéniles est une expérience étonnante.
Oiseaux moqueurs
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Ces oiseaux semblent avoir eu une importance particulière dans la génèse de la théorie de la descendance avec modification chez Darwin. En accostant sur Floreana après avoir visité San Cristóbal, Darwin remarque immédiatement que les Moqueurs sont d'un type différent, dès lors il collectera des Moqueurs sur chaque ile en identifiant soigneusement leur origine. Cette constation l'amène à s'interroger sur la stabilité des espèces, mais il concluera que ces populations ne sont que des variétés d'une même espèce. Lorsqu'à son retour John Gould, l'un des meilleurs ornithologistes de l'époque, classe les spécimens récoltés sur les 4 iles dans 3 espèces différentes, Darwin comprend que le créationnisme à vécu (Darwin,).

Les Moqueurs des Galápagos présentent une diversification simple et remarquable: chaque ile possède sa propre variante; celles de Floreana, Española et San Cristóbal ont été élevées au rang d'espèces disctinctes par les ornithologues, les populations des autres iles ont été considérées comme des sous-espèces de Mimus parvulus. Une étude génétique récente (Arbogast, 2006) confirme l'origine commune des Moqueurs des Galápagos, suivie d'une diversification et distingue 4 lignées succeptibles d'être considérées comme des espèces, mais qui ne correspondent pas à celles définies par la morphologie. La génétique regroupe les populations d'Española (Mimus macdonaldi), de San Cristóbal (Mimus melanotis) et de Genovesa (Mimus parvulus bauri) d'une part, confirme l'espèce Mimus trifasciatus de Floreana mais sépare les populations de Mimus parvulus d'Isabela et Fernandina des populations de Mimus parvulus des iles restantes. Les Moqueurs ont vraisemblablement été dispersés sur les différentes iles par le vent à partir des iles les plus au sud. Les Moqueurs sont omnivores et présentent un comportement territorial marqué.

Le Moqueur de Floreana (Mimus trifasciatus) collecté par Darwin a été vu pour la dernière fois sur cette ile en 1868 et il y aurait été exterminé par les Chats et les Chiens introduits par l'Homme. Il n'existe plus aujourd'hui qu'une centaine d'individus sur deux ilots (Champion and Gardner-by-Floreana) proches de Foreana ce qui en fait la plus menacée de toutes les espèces vivant aux Galápagos. Le comportement territorial des Moqueurs pourrait expliquer leur forte différenciation géographique et l'absence de recolonisation spontanée de Floreana par les populations vivant sur les ilots. Une tentative visant à aider cette recolonisation est en cours.

Arbogast BS et al. 2006. The origin and diversification of Galapagos mockingbirds. Evolution 60 (2): 370-82.
Pinsons de Darwin
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On sait aujourd'hui que les Pinsons des Galápagos descendent tous d'une même population arrivée d'Amérique du sud alors que les iles étaient dépourvus d'oiseaux terrestres et s'y sont diversifiés, occupant les diverses niches écologiques vacantes qui s'offraient à eux (Lack, 1947). Et on peut le dire grâce au renversement de paradigme que Darwin lui-même a construit en remplaçant un modèle du monde où les espèces vivantes sont stables par un modèle ou elles se transforment. Mais quand Darwin débarque, il ne sait évidemment rien de tout cela.

Aux Galápagos, Darwin voit de petits oiseaux terrestres, certains semblables à des Pinsons, d'autres à bec allongé qui font penser à des Fauvettes, d'autres encore avec un bec de Pic. Il collecte (seulement) 31 "Pinsons" appartenant à 9 des 13 espèces qui seront définies plus tard. Darwin n'est pas un spécialiste de l'ornithologie et les critères de l'époque considèrent que le bec est un caractère majeur distinguant des genres alors que les espèces apparentées ne différent que par leur plumage. Hors c'est exactement l'inverse pour les 9 espèces échantillonées ce qui crée une grande confusion chez Darwin qui les classe dans des genres séparés (Lack, 1940).

Plusieurs mois après le retour de Darwin en Angleterre, John Gould, l'un des meilleurs ornithologistes de l'époque, créationiste convaincu (et il le restera) corrige cependant cette erreur (tout en en commettant d'autres) et lui énonce que les 9 espèces sont étroitement apparentés, bien qu'elles présentent des becs différents. Dans ce nouveau contexte il devient extrêmement important de repérer l'origine géographique des échantillons. Hors Darwin explique dans son journal de voyage (Darwin, 1845: 395) qu'il a mélangé les collections des deux premières iles visitées (Cristóbal, Floreana). Pire les spécialistes ayant étudié les Pinsons récoltés par Darwin se sont aperçus de nombreuses incohérences (tel échantillon indiqué comme provenant de telle ile appartient a une espèce qui en est absente). Comme beaucoup pensent que l'identification géographique ne date pas de l'époque de la collecte, mais aurait été faite plus tard par Darwin en comparant ses récoltes et celles de ses compagnons de voyage; comme de plus aucune des étiquettes actuelles n'est de la main de Darwin, les identifications géographiques présentes sur les Pinsons récoltés par Darwin sont très peu fiables (Sulloway, 1982: 16-19).

Par rapport aux Oiseaux moqueurs, le cas des Pinsons est particulièrement complexe: des espèces différentes de Pinsons coexistent souvent sur la même ile, contrairement à ce que pensait Darwin: une ile, une espèce. On comprend alors pourquoi dans l'Origine des espèces, Darwin se contente, concernant les Galápagos, d'arguments généraux, soulignant le fait que 25 espèces d'oiseaux terrestres sont endémiques, mais très proches d'espèces vivant en Amérique du sud (Darwin, : ). C'est pourtant dans la seconde édition de son Voyage du Beagle, qu'il va ajouter, 14 ans avant la publication de l'Origine des espèces, un paragraphe concis et visionnaire, même s'il se cache sous une formulation prudente (Darwin, 1845: 380).

Le nom Pinsons de Darwin apparait pour la première fois en 1936 dans un bulletin ornithologique anglais.

David Lack passe 3 mois aux Galápagos avant la seconde guerre mondiale; il expliquera d'abord la différenciation des Pinsons par une sélection sexuelle liée à la forme du bec (Lack, 1940), puis après la guerre par l'adaptation à des niches alimentaires spécifiques (Lack, 1947). Cette seconde interprétation a été largement confirmée depuis (mais la première pourrait jouer un rôle dans l'isolement génétique des espèces). En comparant les becs du Moyen et du Petit Pinson terrestre dans des iles où ils coexistent et dans des iles où ils vivent séparés, Lack montre ensuite que cette caractéristique dépend de la compétition entre les espèces (Lack, 1961).

En étudiant pendant 30 ans les Pinsons de l'ile Daphne, Peter et Rosemary Grant ont mis en évidence une micoévolution en temps réel: après une forte sécheresse en 1977 un grand nombre des Moyens Pinsons terrestres meurt, ceux dont le bec est petit meurent davantage et ont moins de descendants s'ils survivent, mais la taille moyenne du bec des descendants augmente (et ce en à peine une année); 20 ans plus tard la taille moyenne du bec était revenue à sa valeur d'origine.

Une étude de deux gènes de l'ADN mitochondrial (Sato, 1999) confirme l'origine commune des 14 espèces de Pinsons, place Certhidea olivacea qui possède une diversité génétique importante à la base de l'arbre, puis le Pinson végétarien. Le Pinson des Cocos est apparenté aux Pinsons des arbres et aurait migré assez récement des Galápagos aux iles Cocos. Avec le matériel étudié, il est impossible de distinguer génétiquement entre eux les Pinsons terrestres et il en est de même pour les Pinsons des arbres, ce qui indiquerait soit une hybridation persistante entre les espèces, soit une divergence très récente, soit les deux (à postériori, Darwin avait toutes les raisons d'être prudent).

Charles Darwin. 1845. Journal of Researches into the Natural History and Geology of the Countries visited during the Voyage of H.M.S. Beagle round the World. London.
John Gould. 1838-41. Zoology of the Voyage of the H.M.S. Beagle, Part 3, Birds. Contient de remarquables dessins de la femme de Gould, Elisabeth Coxen.
Peter Grant, Rosemary Grant. 2002. Unpredictable Evolution in a 30-Year Study of Darwin's Finches. Science 296 (5568): 707-711. doi: 10.1126/science.1070315.
David Lack. 1947. Darwin's Finches. Cambridge University Press.
Akie Sato et al. 1999. Phylogeny of Darwin's finches as revealed by mtDNA sequences. Proc. Natl. Acad. Sci. 96: 5101–5106.
Frank J. Sulloway. 1982. Darwin and His Finches: The Evolution of a Legend. Journal of the History of Biology, 15: 1-53.

En pratique 

Ma visite des iles datant de 1973, ne vous attendez pas à trop d'informations: à l'époque, n'exitaient que des liaisons aériennes occasionnelles assurées par l'armée équatorienne et les ressources touristiques se limitaient à deux hôtels, quelques chambres chez l'habitant, deux navires de croisières de grande capacité et une dizaine de petits bateaux: voiliers et chalutiers aménagés (White, 1971). A l'époque nous n'avions pas assez de temps pour atteindre Isabela.

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Les choses ayant considérablement évolué depuis 1973 (en 30 ans la population locale a quintuplé et le nombre de visiteurs a été multiplié par 100), il existe aujourd'hui des centres de plongée, plusieurs plages sont favorables au surf, très pratiqué par les jeunes locaux et des randonnées à cheval ou à pied sont organisées par certaines agences locales. Consultez Wikitravel qui présente des informations assez précises sur les déplacements vers ou à l'intérieur de l'archipel. Les iles les plus grandes et les plus peuplées (Isabela, Santa Cruz et San Cristóbal) sont reliées par des transports publics (avion ou bateau rapide); pour les plus petites (où il est généralement plus facile d'observer la faune), il vous faudra probablement faire appel à une agence locale et un bateau privé. La plupart des itinéraires dans les iles ne sont autorisés qu'accompagné par un guide certifié par le parc national (hispanophones ou anglophones). Pour la préservation des lieux, les paquebots de croisière (et même les petits voiliers) n'ont droit qu'à une seule escale aux Galápagos. Pour se déplacer d'une ile à l'autre, les navires locaux sont soumis à agrément du gouvernement; leur capacité est limitée à 100 passagers. La demande est forte et les prix élevés. Ce qui reste évident, c'est que plus petit sera le bateau, plus agréable et enrichissante sera votre expérience (vous n'avez sans doute pas envie de suivre à la queue leu leu sur les sentiers aménagés une centaine d'autres visiteurs provenant du même bateau que vous).

Vous profiterez davantage de votre séjour si vous vous documentez avant sur l'histoire naturelle des iles et sur la théorie de l'évolution.

Malgré toutes les polémiques liées à ce classement, signalons que les Galápagos ont figuré sur la liste de l'UNESCO du patrimoine mondial en péril de 2007 à 2010 et que rien n'indique que les problèmes soient vraiment résolus: les principales menaces pour les Galápagos sont: l'introduction d'espèces invasives, le développement du tourisme, la croissance démographique, la pêche illégale et les problèmes de gouvernance (source UNESCO). Des quotas touristiques devraient être établis, ainsi que des contrôles bien plus stricts de toutes les activités liées au tourisme.
Météo / Saison 
Pourtant situées sous l'équateur, les Galápagos ne sont pas vraiment des iles tropicales. La raison en est le courant froid de Humbolt, qui remonte le long des côtes ouest de l'Amérique du sud. Première conséquence, la température des eaux de surface est souvent inférieure à 20°C (en contrepartie ces eaux sont sont très poissonneuses); seconde conséquence, le climat est très sec, voire désertique, principalement pour les côtes nord-ouest "sous le vent". Entre 300 et 700m, des condensations nuageuses créent la guara, principalement sur les versants sud-est des montagnes. De janvier à juin, les vents s'inversent, le courant de Humbolt est ralenti et les températures augmentent, apportant des pluies sporadiques, plus fortes en mars et avril. Des variations limitées dans ces cycles saisonniers peuvent se produirent d'une année à l'autre. Plus rarement (tous les 3 à 7 ans) l'évenement connu sous le nom d'El Niño inverse vents et courants marins; de fortes pluies se produisent alors aux Galápagos. El Niño est favorable à la vie terrestre, mais beaucoup moins à la vie marine.
Où, quand, comment ? 
Baltra: aéroport principal (pour rejoindre Puerto Aroya sur l'ile de Santa Cruz, il vous faudra prendre deux bus et un ferry); des Iguanes terrestres ont étés réintroduits.

Bartolomé : petite ile près de James; champs de laves, plage de Pinnacle Rock; le point de vue du sommet de l'ile vers James est l'un des sites les plus photographiés des Galápagos.

Corona del diablo (Devil's Crown, Onslow) : près de Point Cormoran sur Floreana: snorkeling.

Daphne: petite ile formant un parfait cône volcanique, débarquement délicat (pas de plage), accès restreint; colonie de Fou à pieds bleus dans le cratère en saison sèche.

Española (Hood) : plateau de laves bordé de falaises, très riche en oiseaux: Albatros (endémique de cette ile, nidification d'avril à décembre), Buse, Fou à pieds bleus (nidifie toute l'année), Fou masqué (nidifie toute l'année); Iguane marin; des Tortues ont été rapatriées.

Floreana (Santa María, Charles) : Point Cormoran: Flamant; Ile Lovely (un site paradisiaque): Lions de mer, Opuntia megasperma.

Isabela (Albemarle): ne pas manquer la plus grande ile des Galápagos d'autant que Puerto Villamil est aujourd'hui facile d'accès.

James (San Salvador, Santiago) : champs de laves; Buse; Buccaneer Cove: Lions de mer.

Jervis (Rabida): Lions de mer.

Plaza (South plaza) : Iguane marin, Iguane terrestre, Lions de mer, Opuntia echios, Sesuvium edmonstonei.

San Cristóbal (Chatham): l'ile la plus peuplée et la plus humide, Puerto Baquerizo Moreno est le centre administratif des Galápagos et un des deux points d'accès depuis le continent; Point Pitt: Fou à pieds rouges.

Santa Cruz: tunnels de lave; la station Darwin se trouve à Puerto Aroya (Enclos d'élevage des Tortues), réserve à Tortues dans les hauteurs (favorable à l'observation de juin à décembre); Fou à pieds bleus, Héron, Iguane terrestre, Mangrove.

Santa Fe (Barrington): Lions de mer.

Seymour (North Seymour): Frégates (nidification toute l'année), Opuntia zacana (endémique de cette ile).

Références 

Karen S. Harpp, Eric Mittelstaedt, Noémi d'Ozouville, David W. Graham. 2014. The Galápagos, A Natural Laboratory for the Earth Sciences. American Geophysical Union / Wiley.
Edgard J. Taylor et al. 2006. Ecotourism and Economic Growth in the Galapagos: An Island Economy Wide Analysis.
Ian Thorton. 1971. Darwin's Island; A natural History of the Galápagos. The American Museum of natural History Press, New York.
Alan White, Bruce Epler, Charles Gilbert. 1972. Galápagos Guide. Charles Darwin Foundation.

Bibliographie

Parque national Galápagos Le site officiel (anglais, espagnol) vous donnera une idée de la gestion des visiteurs.
M. Jackson, M. 1985. Galapagos, a Natural History Guide, Calgary Univ. Press.
Christine E. Parent, Adalgisa Caccone, Kenneth Petren. 2008. Colonization and diversification of Galápagos terrestrial fauna: a phylogenetic and biogeographical synthesis. Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci. Oct 27, 2008; 363 (1508): 3347–3361. doi: 10.1098/rstb.2008.0118.