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Dossiers photographiques

L'imposant massif du Kangchenjunga ferme au nord-est la fontière entre Népal et Inde (Sikkim). Démarrant dans la zone des collines, vers 2000m d'altitude, le trek vient taquiner à près de 5000 m le pied des grandes faces glaciaires, la sud et la nord, en empruntant des vallées différentes à l'aller et au retour. Les paysages et régions traversées, sans atteindre la variété de feu le Tour des Annapurnas n'en donnent pas moins une vision assez complète du Népal, d'autant plus intéressante que la faible fréquentation n'a que peu modifié l'économie des lieux (ouverte au trekking en 1988, la région n'a jamais déplacé les foules et semble même les attirer moins aujourd'hui que lors de son ouverture). Mais surtout, les énormes glaciers rocheux et les névés étincelants apportent à ce trek une ambiance haute-montagne qui en a fait la réputation. Le pays Limbu à l'habitat dispersé est spectaculaire; les villages tibétains sont plus rares, bien que Phere et Ghunsa aient leurs particularités.

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The Twins, Kangchenjunga, Merra Peak (Pangpema, Népal), mosaïque Hugin
© Michel Racine

Ce trek se mérite:

Itinéraire

On peut tourner dans le sens des aiguilles d'une montre ou à l'inverse. La deuxiéme option est plus souvent adoptée et semble préférable, surtout si l'on part de Suketar: elle laisse davantage de temps pour atteindre le point culminant (Pangpema) et l'acclimatation sera meilleure. Basantpur, Taplejung (et son altiport Suketar), Tharpu, constituent les points de départ ou d'arrivée. Un balisage lâche de grands piquets, surtout visible en terrain découvert, ponctue le chemin.

Dans un livre paru en 2015, Jocelyn Chavy & Mario Colonel proposent un retour hors sentiers battus passant plus au nord par le village de Yangma et évitant la gorge de la Ghunsa Khola.
Kabeli Khola
Cette vallée, habitée par les Limbus et les Rais, est magnifique. Les terrasses agricoles s'étendent sur les pentes, aménagées par des générations de paysans. En saison, les verts lumineux du riz ou du millet jaillissent de partout. Les cultures de Cardamome, protégées par un léger couvert forestier, occupent le bas des vallées. L'habitat, tout aussi magnifique, est dispersé au milieu des champs.
De Phun phun à Yamphudin l'itinéraire emprunte des sentiers dallés ou des ecaliers confortables. Si vous êtes parti de Suketar, vous rejoindrez Phun Phun en empruntant plus ou moins la crête des collines.
de Yamphudin à Torotan
Par de raides montées et des descentes qui le sont tout autant, le sentier, parsemé de gros blocs, traverse des forêts humides, franchissant le Dhupi Bhanjyang et le Lamite Bhanjyang; entre ces deux cols, lors de mon passage, le campement de Chitre était infesté de sangsues. Des Cèdres centenaires sont présents sur les crêtes. Torotan ne compte qu'une poignée de chalets occupés par une famille tibétaine qui y élève des Dzo.
Simbua Khola
Au dessus de Torotan, le couvert forestier s'épuise progressivement et les premiers sommets apparaissent. De Yalung à Oktang, se succèdent des paturages entrecoupés d'éboulis. Vers Ramche, les eaux bloquées par la moraine forment de petits lacs glaciaires dans lesquels se reflètent les sommets des Kabrus. La haute montagne commence immédiatement après le petit oratoire hindouiste d'Oktang. L'énorme glacier rocheux de Yalung, s'est enfoncé avec le recul glaciaire et vous ne le découvrirez qu'en atteingnant Oktang à moins de monter sur sa moraine droite, au niveau de l'alpage de Ramche.
de Tseram à Ghunsa
N'espérez pas gagner du temps en utilisant le Lapsang La; ce col difficile constitue un itinéraire de haute montagne, très rocailleux, voire ennneigé. Mieux vaut redescendre jusqu'à Tseram, puis par une montée raide suivie d'une longue traversée, franchir le Mirgin La et le Sinion La qui permettent de contourner le massif par l'ouest. Une très longue descente mène à l'alpage de Sellele et son unique chalet.

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La face sud du Jannu (7710m) depuis Seleley; un des plus beaux sommets népalais.
© Michel Racine

Il est possible de descendre ensuite directement sur Ghunsa, mais ce serait se priver de la plus belle face glaciaire de l'itinéraire. En s'élevant quelques centaines de mètres jusqu'à l'épaule qui domine Sellele, on atteint un belvédère offrant une vue dégagée sur la face sud-ouest du Jannu. Ce sommet (dont le nom officiel est Kumbhakarna) est l'un des plus beaux du Népal. Le recul du glacier de Yamatori est particulièrement visible (1). La descente sur le col de Sellele, raide et hors sentier peut-être délicate; il convient de rester très haut en passant non loin du pied des falaises situées à main droite. Un magnifique sentier balcon permet de joindre un autre col, le Tamo La, d'où on plonge sur Ghunsa. Le gros village de Ghunsa s'est développé avec le passage des trekkeurs. Il a conservé une ambiance montagnarde et agréable malgré son ouverture au monde moderne: une chute d'eau alimente le village en électricité et les antennes de télévision satellite sont nombreuses.
de Ghunsa à Pangpema et retour
Le sentier s'engage dans des forêts claires, traverse quelques torrents affluents de la Ghunsa Khola, passe en rive droite un peu avant Lapuk Kharka. Des traversées d'éboulis et d'un dernier torrent mènent à Kambachen, un hameau perdu face à une large vallée glaciaire descendant du Nupchu. Juste avant Kambachen, si le temps le permet, profitez de la vue sur la face nord du Jannu. En remontant à travers les alpages une ample vallée, on atteint le petit chalet de Pangpema. Cette dernière partie de l'itinéraire voit défiler les faces glaciaires, alignées comme à la parade sur la rive gauche; l'énorme glacier du Kangchenjunga, rocheux et enfoncé dans son lit comme celui du Yalung se cache derrière sa moraine. Il est possible de faire l'aller de Lonak à Pangpema et le retour jusqu'à Kambachen en une seule très longue journée. Partez très tôt si vous voulez voir les sommets. Camper à Pangpema vous laissera davantage de temps.
Ghunsa Khola
En dessous de Ghunsa, un sentier balcon en rive droite rejoint le très beau village de Phere (ou Pole) dont une partie des habitants s'installe pour l'été à Ghunsa. L'itinéraire emprunte ensuite la gorge étroite et boisée de la Ghunsa Khola. Ce trajet en montagne russe est austère, malgré quelques vues impressionnantes, et plutôt ardu. A Sekhathum, on rejoint le confluent avec la Yangma Khola.
Tamur River
Passez en rive droite pour traverser les champs de Lelep. Vous êtes à nouveau dans le pays Limbu et la magnificence des paysages égale celle offerte au départ par la Kabeli Khola.

En pratique

Climat
N'espérez pas trekker pendant la mousson: la région est noyée sous les trombes d'eau. Octobre et novembre sont les meilleurs mois, mais même à cette période le ciel se voile dès 10 heures du matin. Le printemps est une saison qui peut être intéressante, sourtout si vous voulez admirer la floraison des Rododendrons et il fera plus chaud qu'en novembre.
Y aller et s'y déplacer
Basantpur est accessible en une vingtaine d'heures de Kathmandu par la route; alternativement il est possible de prendre un vol pour Biratnagar suivit par un parcours en bus jusqu'à Basantpur. La Tamur River et Dobhan (à côté de Taplejung et Suketar) sont à deux jours de marche de Basantpur.

L'autre point de départ (ou d'arrivée), Tharpu (Kabeli Bazaar), sur la Kabeli Khola est relié par la route à Bhadrapur où se trouve un aéroport.

Un vol jusqu'à l'altiport de Suketar raccourcit considérablement le parcours (il faudra quand même compter de deux à trois semaines pour boucler ce circuit): on rejoint la Tamur River à Sinwa en une journée de marche et Tharpu par la route (2 heures) ou, par des sentiers, la Kabeli Khola plus en amont vers Phun Phun. Enfin si l'altiport de Suketar est fermé (ce qui m'est arrivé), Suketar est à 10h de bus de Bhadrapur, par une mauvaise route partiellement asphaltée (boue).

Des emplacements de camping sont aménagés tout au long de l'iténaire. Plus en altitude existent quelques hébergements en dur très sommaires, pompeusement nommés hôtels, ne comptez pas trop sur eux. Ghunsa est un des rares villages offrant des lodges et où il est possible de reconstituer ses provisions alimentaires.

Le portage devra être assuré par des porteurs; seules de rares caravanes de Yaks ou de Dzo parcourent ces sentiers.
(1) comparaison concernant le glacier de Yamatori (face sud du Jannu).

Références

Bibliographie

Douglas W. Freshfield. 1903 . Round Kangchenjunga. Edward Arnold, London (Réédité en 2002 par Indian Publischers Distibutors, Delhi).
Contient 39 pages de photographies en noir et blanc prises à la fin du 19e siècle par l'un des plus grands photographes de montagne, Vittorio Sella. téléchargement (légal).

Sagant P.. 1982. L'Hindouisation des Limbu in Les Royaumes de l'Himâlaya. Collection orientale de l'Imprimerie nationale.

Compléments bibliographiques.